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tellement 14.06.2026

C’est un jeu d’enfants

Joram Vuille

Dimanche 14 juin


Quand les choses sont simples, on aime à dire que c’est un jeu d’enfants. Le dimanche à Festi’neuch l’expression semble prendre une autre signification. Elle ne parle plus de facilité, mais de retour à l’essentiel, à cet endroit premier où l’on ressent avant de comprendre. Où une chanson peut faire rire, donner envie de courir, de lever les bras, de se cacher, de recommencer. Un endroit où tout paraît plus grand que nous. Un endroit où les adultes retournent parfois sans prévenir.

Le dimanche, Festi’neuch change de taille. Les scènes sont les mêmes. Les barrières aussi. Le lac reste à sa place. Mais quelque chose se déplace. Les pas ralentissent. Les poussettes avancent entre les gobelets consignés. Les enfants tirent des adultes par la main qui font semblant de savoir où ils vont. Le dimanche, Festi’neuch devient une affaire de famille. Pas seulement parce qu’on y vient avec ses enfants. Mais parce que ce jour-là, on voit mieux ce que le festival fabrique depuis des années : des souvenirs qui passent d’une génération à l’autre sans demander la permission.

Junior Tshaka lui aussi a grandi avec Festi’ et il y avait quelque chose de beau à le voir là, face au public, accompagné par une chorale d’enfants neuchâtelois. L’an dernier, le concert avait été emporté par la tempête. Cette année, les enfants étaient encore là. Avant de monter sur scène, on les sent traversés par cette tension particulière que les adultes connaissent mal, ou qu’ils ont oubliée. Au début, il y a l’excitation. Les copains, les consignes, les regards qui cherchent les parents quelque part dans la foule. Puis vient le moment où l’on comprend vraiment. Le moment où l’on voit le public. Pas une salle de classe. Pas une répétition. Pas quelques familles alignées devant une estrade. Un vrai public. Des centaines de visages. Des téléphones levés. Des inconnus.

Alors les enfants changent un peu. Ils se tiennent plus droits. Ils parlent moins. Ils regardent devant eux avec ce mélange magnifique de peur et de courage. Ce n’est pas encore de l’assurance. C’est plus fragile que ça. C’est le moment exact où l’enfance apprend qu’elle peut tenir debout devant le monde. Dans le public, les parents changent aussi. On les reconnaît facilement. Ils cherchent le bon angle. Ils plissent les yeux. Ils lèvent le téléphone trop haut. Ils essaient de repérer leur enfant parmi les autres, comme si le reste du monde devenait flou autour de ce seul visage. Ils sourient. Ils sont fiers d’une fierté presque ridicule, énorme, impossible à cacher. Et c’est très bien comme ça. Parce qu’il y a peu d’endroits où cette fierté peut prendre autant de place. Peu d’endroits où l’on peut voir son enfant non pas seulement comme son enfant, mais comme quelqu’un qui participe à quelque chose de plus grand. Un morceau de sa ville. Un morceau de musique. Un morceau de festival.

Le dimanche à Festi’neuch pour les enfants, c’est découvrir qu’un lieu peut revenir chaque année et ne jamais être tout à fait le même. C’est passer des épaules des parents aux premiers concerts debout. Des protections auditives aux refrains criés trop fort. Des glaces renversées aux souvenirs précis. C’est comprendre, petit à petit, que la fête n’est pas seulement un bruit autour de soi, mais quelque chose dont on peut faire partie. Pour les parents, c’est l’inverse. On croit venir accompagner les enfants. Les surveiller. Leur acheter à boire. Leur dire de ne pas courir. Leur demander s’ils ont besoin d’aller aux toilettes avant que le concert commence. Et puis, sans prévenir, ce sont eux qui nous ramènent quelque part. Ils nous rendent plus jeunes. Pas parce qu’on oublie notre âge. Mais parce qu’on revoit, à travers eux, ce que c’était que d’attendre un concert comme une aventure. De trouver une scène immense. De croire qu’un chanteur nous regarde vraiment. De sentir qu’une journée entière peut tenir dans une chanson.

Les enfants grandissent. Les parents redeviennent un peu des enfants. Et Festi’neuch, entre les deux, fait le lien. C’est peut-être pour cela que le dimanche touche autrement. Il ne cherche pas seulement l’intensité. Il regarde ce qui continue. Ce qui se transmet. Ce qui reste quand les affiches changent, quand les artistes passent, quand les éditions s’ajoutent les unes aux autres. Et cette impression simple, presque évidente, que Festi’neuch fait partie de la famille. Pas comme une grande phrase. Plutôt comme ces choses qu’on ne remarque plus parce qu’elles sont là depuis longtemps. Les rendez-vous qu’on garde. Les lieux où l’on revient. Les histoires qu’on raconte ensuite.

Ce dimanche, des enfants ont chanté devant un public. Certains ont peut-être eu peur. Certains ont peut-être oublié une parole. Certains ont peut-être cherché leurs parents dans la foule. Mais ils étaient là. Et pendant quelques minutes, sur une scène de festival, ils ont grandi sous nos yeux. Les parents aussi avaient changé. Ils souriaient trop grand. Ils filmaient trop haut. Ils applaudissaient trop fort. Ils étaient fiers comme des enfants. Alors oui, peut-être que la musique est un jeu d’enfants. Mais pas parce qu’elle est facile, parce qu’elle nous ramène à l’essentiel.

📸 Marisa Baschiera


Joram Vuille

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